dimanche 30 avril 2017

6.

tu viens près de mon lit étouffer tous les sons

nous importe-t-il de dénombrer les néons

qui nous désorientent nous emportent nous nient ?

de dénombrer encore ?

ma main légère semble agrandir la tienne et

les ronces du fleuve appuient

où il fait bon se blesser

dans la langueur moite de cette nuit lissée

dimanche 23 avril 2017

5.

la lune affûte l’urgence de vivre

la lune affûte ici sur l’océan
la nonchalance d’un rayon de givre
qui germe le jour dans l’œil d’un géant
dans le décor de mes émois adolescents

dimanche 16 avril 2017

4.

dans les ronces du jour

le sable est double et bouge
la terre est meuble et rouge
des eaux de mon plaisir du sang de mes amours
affluant aux lèvres coupables et capables
de démêler les ronces
m’attirant à ta nuit

dimanche 9 avril 2017

3.

porteur de mirages tu viens

te grisant de rires grandioses
sous les nébulosités froides
ta main est chaude et tu m’étreins

saurais-je t’aimer autrement
autrement que cette ombre longue
aux muscles de sable et de soir
autrement que cette ombre longue
que l’on nomme songe le jour ?

saurais-tu reconnaître l’ombre
tourner autour et l’annoblir
de ta langue qui m’aima tant
de ta langue qui m’aimanta ?

les herbes d’eau languissent
et la barque se courbe
du salut de ton lit
sous mon corps doux d’amante où sourd un jour de lys

dimanche 2 avril 2017

2.

la lune boit à mon mystère

jouant

quand mes phalanges se desserrent

jouant

et quand la porte ouvre et dérobe
au souffle le corps au corps l’ombre

près de la halte initiale
à la fenêtre se condense
le reflet de ma chevelure
poisseuse d’une soie sans couleurs ni douceur

dimanche 26 mars 2017

1.

dans la rosée glissent les lys

traçant vaguement mes iris
un tremblé libère le geste
en amont portant la caresse
mêlant la nuit à la caresse
à la nuit l’encre l’encre au trait
grâce auquel tes lèvres dessineraient ma bouche

un tremblé danse dans les herbes

folles

sous l’écorce des vêtements

danse

disperse ce qui nous sépare
unit ce qui nous désoriente
près d’un cercle
près d’un vide
irisé
où ma chevelure dort absorbant la rosée

Note

            Depuis très longtemps, le personnage d’Ophélie, dans Hamlet, me fascine. Je dirais même qu’il me hante. Feignant la folie, Hamlet conduit Ophélie à la déraison, déraison qui la mènera au suicide : elle se laissera emporter par un fleuve. Le royaume du Danemark prétendra qu’il s’agissait d’un accident ; le peuple n’en sera pas dupe pour autant. La folie la mène donc au suicide. Et Ophélie, dans son ingénuité, est la martyre de tous ceux que l’on dit fous. Sa jeunesse aussi a valeur de symbole. Dans ce recueil, je me réapproprie cette figure féminine pour moi emblématique, et ce sont ses mots que l’on entend, avant le fleuve.